We Insist! Max Roach’s Freedom Now Suite
L’album We Insist! Max Roach’s Freedom Now Suite est un disque qui capte les effluves de la révolte
Le morceau interprété sur ce beau document a une histoire singulière, il est le fruit d’une époque complexe, les années 60 et le résultat d’une rencontre importante : un batteur engagé Max Roach et une chanteuse au timbre inimitable Abbey Lincoln. We Insist! l’album sur lequel se trouve le morceau que vous allez découvrir est le résultat de cette symbiose parfaite. (Lire la suite…)
Ne cherchez pas Art Blakey, épuisé mais très attentif, il a laissé la batterie à Roy Haynes et regarde attendri, stupéfait, ses rejetons confirmer l’héritage et assurer la passation de pouvoir. Il souffle sur ses bougies et les autres dans leurs cuivres rutilants. La petite réception qu’on lui a concoctée en cette fin de décade et début de règne posthume se passe de commentaires, apéro sonore ou banquet pantagruélique de notes flamboyantes, une chose est sûre, on en sortira repu, gavé, sur les genoux.
Ce type, bien qu’aveugle avait le sens de l’image. D’Epinal, non ? Epineuse, oui, pour la peau sensible de la scène jazzistique et pour la cécité des médias à l’égard de ce profil piquant. Et ceci n’est pas un coup du destin, contrairement à celui qui frappa dès sa naissance le musicien surdoué, mais une concertation durable, aux conséquences dramatiques qui font, aujourd’hui, de cette personnalité fascinante, un nom étrange, une référence lointaine dont la discographie abondante tend à rendre hypothétique une réhabilitation déjà si craintivement proposée.
Entre le jeune homme qui sur l’invitation de Boris Vian se rend au Club Saint Germain de la rue Saint Benoit dès la fin des années 40 pour y amorcer sous l’égide de Charlie Parker, la révolution Be Bop ; puis enregistre, quelques années plus tard, pour le label Philips – dont Vian est le directeur artistique – la musique d’Un Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle ; et le spectre au visage émacié que La Villette accueille quelques mois avant sa disparition pour un ultime hommage (1990), on peut aisément considérer qu’un lien indéfectible lie le destin d’un des plus talentueux trompettistes de jazz avec notre pays.
Louis Malle est fier, on le voit à son sourire, mélange de fausse timidité et d’assurance en gestation, la présence de Miles Davis dans le studio tout proche, musicien noir américain comme on le décrit alors, quasiment inconnu en France à l’époque, (invité dix ans avant au festival de jazz de la salle Pleyel et signé par Boris Vian peu avant la mort de ce dernier sur le label Philips) venu improviser sur les images d’Ascenseur pour l’échafaud, confère au cinéaste le plus jeune de France un prestige immédiat. Voie rapide pour la notoriété, Truffaut n’ayant pas encore séduit la Croisette avec ses Quatre Cent Coups, et Godard sucré les raccords d’A bout de Souffle pour intriguer les commentateurs friands de comportements subversifs.